Pièce Kajiwara Heizô Ishikiri no Homare
Auteurs La pièce « Kajiwara Heizô Homare no Ishikiri » est issue d'un drame en cinq actes, « Miura no Ôsuke Ôbai Tazuna », écrit pour le théâtre de marionnettes par les dramaturges Hasegawa Senshi et Bunkôdô.
Historique

La première pour le Bunraku a lieu en 1730 au Takemotoza (Ôsaka). La première au Kabuki se déroule en août 1730 au théâtre Arashi Sanjûrôza (Ôsaka) avec Arashi Sanjûrô II dans le rôle principal.

Le public d'Edo doit attendre juin 1795 avant de voir la dernière scène de l'acte III au Kiriza avec Ichikawa Yaozô III dans le rôle de Kajiwara et Ôtani Tomoemon II dans celui de Rokurôdayû.

Mots-clefs jidaimono
Résumé

La scène se déroule dans l'enceinte du sanctuaire Hachiman à Kamakura. Le général Ôba Saburô du clan Taira fêtent sous les cerisiers en fleurs sa récente et éclatante victoire sur les troupes de Minamoto Yoritomo à Ishibashiyama. Kajiwara Kagetoki, un autre général qui sert les Taira, se joint à eux, apportant avec lui du saké. Visiblement Kajiwara n'est pas d'aussi bonne humeur que les hommes d'Ôba.

Un vieillard nommé Rokurôdayû et sa fille Kozue font leur apparition par le hanamichi. Fidèle au clan Minamoto, cette famille possède l'un de ses joyaux, un magnifique sabre qu'ils sont chargés de vendre afin de financer la campagne de Yoritomo. Nous apprenons que Rokurôdayû a commencé à négocier la veille avec Ôba la vente de l'arme au prix de 300 ryô mais l'homme de guerre s'est montré réticent et a l'a enjoint de lui porter le sabre le jour suivant.

Ôba demande à Kajiwara ce qu'il en pense. Ce dernier s'empresse de répondre que ce sabre semble d'excellente facture mais, d'un air ironique, le frère cadet d'Ôba fait remarquer que la qualité d'une arme ne peut se juger qu'en coupant d'un seul trait les troncs de deux hommes empilés. Deux condamnés à mort sont donc nécessaires pour tester cette arme. Or, il se trouve que les geôles de Kamakura n'en contiennent qu'un. Pas de test, pas de transaction. Rokurôdayû, visiblement mal à l'aise, envoie sa fille faire une course pour lui. Une fois la jeune femme éloignée, il se déclare prêt à prendre la place du deuxième homme. Ôba, très surpris, lui demande s'il est bien sûr de cette décision fatale. Le vieillard répond que sa famille a besoin d'une manière urgente des 300 ryô et qu'il est de son devoir de se sacrifier pour elle. Kajiwara est lui aussi choqué par le comportement du vieillard mais Rokurôdayû ne recule pas. Un messager arrive et signale l'arrivée des troupes de Yoritomo, provoquant une belle pagaille et le départ précipité des soldats d'Ôba pour le front. Il ne reste plus que quelques minutes pour mener à bien l'expérience. Kozue, de retour dans l'enceinte du sanctuaire, est horrifiée par ce qui va arriver à son père mais il est trop tard. Le condamné et Rokurôdayû sont liés pendant que Kajiwara procède à la purification de la lame en utilisant l'eau lustrale du bassin de pierre. Après une courte période de concentration, le coup est porté à la vitesse de l'éclair. Le condamné à mort n'a même pas le temps de sentir l'exécution de sa sentence et la lame rompt les liens de Rokurôdayû sans toucher sa chair. Ôba est maintenant convaincu du peu de valeur de l'arme et regagne le front en compagnie de son frère.

Rokurôdayû, qui a échoué dans sa mission, se prépare à commettre le suicide rituel mais Kajiwara l'en empêche et se lance dans un long monologue (monogatari), déclarant qu'il a reconnu l'un des trésors du clan Minamoto et qu'il a délibérément fait échouer le test afin d'éviter que la précieuse arme ne tombe dans les mains du général Ôba. Puis il narre les dernières heures de la bataille d'Ishibashiyama, la déroute des troupes de Yoritomo et sa mission d'extermination des survivants. Le tronc d'arbre dans lequel Yoritomo a trouvé refuge est découvert par Kajiwara mais, au moment de porter le coup fatal, une force mystérieuse le repousse violemment. Comprenant que Yoritomo est le protégé des Dieux, Kajiwara décide secrètement de changer de camp et favorise la fuite discrète du vaincu d'Ishibashiyama. Son monogatari se conclut sur les évènements à venir : rejoindre l'armée de Yoritomo et remettre l'arme à son nouveau maître. Rokurôdayû émet cependant quelques doutes sur la valeur réelle du sabre. Kajiwara prouve le contraire en fendant d'un seul coup le bassin de pierre et en exhibant la lame qui n'a pas subi la moindre égratignure. Le vieillard est ébahi et se fait un plaisir de donner le sabre à Kajiwara.

Remarques

« Ishikiri no Kajiwara » est régulièrement jouée par les meilleurs tachiyaku du Kabuki. Le rôle de Kajiwara exige des acteurs aussi talentueux que Nakamura Kichiemon, Kataoka Nizaemon ou Nakamura Tomijûrô.

Le personnage de Kajiwara Kagetoki a vraiment existé et figure dans de très nombreuses pièces de Kabuki où il tient en général le rôle du traître ou de l'exterminateur de rebelles. Sa date de naissance est inconnue et il est mort en 1200. Le récit donné dans la pièce de la conversion de Kajiwara à la cause des Minamoto après la bataille d'Ishibashiyama est assez fidèle à celui que l'on trouve dans les chroniques historiques.

Cette pièce est jouée dans le Kamigata sous le titre « Kajiwara Heizô Tameshi no Wagimono ».

Les acteurs Onoe Baikô IV, Ôtani Tomoemon IV et Arashi Kichisaburô III interprétant les rôles de Kozue, Rokurôdayû et Kajiwara Kagetoki dans une estampe de Utagawa Toyokuni III
Page précédente Menu Top Page suivante