Titre Kumo ni Magou Ueno no Hatsuhana
Auteur Kawatake Mokuami
Historique La pièce « Kumo ni Magou Ueno no Hatsuhana », écrite par le grand dramaturge Kawatake Mokuami, a été jouée pour la première fois en mars 1881 au théâtre Shintomiza avec une distribution exceptionnelle : Ichikawa Danjûrô IX (Kôchiyama), Onoe Kikugorô V (Kataoka Naojirô), Ichikawa Sadanji I (Kaneko Ichinojô) et Iwai Hanshirô VIII (Michitose).
Structure Pièce en sept actes, formée de deux intrigues vaguement reliées entre elles, l'une narrant les tribulations du maître chanteur Kôchiyama Sôshun et l'autre centrée sur les personnages de Kataoka Naojirô, un complice de Kôchiyama qui n'est pas aussi mauvais que son chef, et sa dulcinée, la geisha Michitose. Les deux intrigues sont en général jouées séparément dans des versions réduites à quelques scènes.
Mots-clefs sewamono - yusuriba
Résumé

Scène I

Kôchiyama est un personnage à facettes, maître de thé à la court shogounale et maître chanteur à l'intelligence redoutable qui n'hésite pas à se déguiser en moine bouddhiste afin de commettre ses forfaits. Un jour, de passage chez un prêteur sur gages, il apprend que la fille de la maison est retenue contre son gré dans la résidence d'un daimyô qui souhaite en faire sa concubine. Le patron de la boutique a un prétendant en vue pour sa fille Namiji mais le mariage ne peut se faire tant qu'elle est prisonnière du seigneur Matsue. Kôchiyama, qui entrevoit la possibilité d'un beau coup, s'engage à régler l'affaire et reçoit 200 ryô.

Scène II

La scène se déroule dans la résidence du seigneur Matsue qui commence à perdre patience devant l'attitude de la pauvre Namiji. Il menace de la tuer si elle continue à refuser ses avances mais Kazuma, samouraï au service de Matsue, l'en empêche à temps. Un autre serviteur de Matsue, Daizen, distille un poison subtil dans le cœur de son maître en insinuant que Namiji et Kazuma ont une liaison. Matsue n'a pas le temps d'interroger son conseiller Kozaemon sur Kazuma car on annonce l'arrivée de Kitadani no Dôkai, supérieur du temple Kan'eiji du quartier de Ueno. Matsue refuse de se porter à la rencontre de l'ecclésiastique, grommelant qu'il n'a pas été prévenu d'une telle visite puis il se retire dans ses appartements.

Scène III

Le mystérieux moine est bien évidemment Kôchiyama, vêtu d'une magnifique robe de cérémonie rouge qui reflète l'importance de son rang. Introduit dans la grande salle de réception des visiteurs, on lui fait savoir que Matsue n'est pas en mesure de l'accueillir personnellement en raison de problèmes de santé. Kôchiyama s'offusque et insiste pour que le maître de céans vienne immédiatement lui souhaiter la bienvenue. Il faut savoir que le Kan'eiji est l'un des temples les plus influents de l'aristocratie d'Edo. Matsue ne peut pas tergiverser plus longtemps et se retrouve en position de salut respectueux devant Kôchiyama. La discussion porte rapidement sur le motif principal de la visite de l'abbé qui réclame la libération de la jeune femme qu'il compte raccompagner chez ses parents. Matsue refuse tout de go mais Kôchiyama n'a aucun mal à le faire changer d'avis en insinuant que la rumeur pourrait fort bien se propager au sein de la bonne société d'Edo et causer beaucoup de torts à son clan. Matsue donne les ordres de libération de Namiji et se retire sur-le-champ. Les serviteurs de la maison proposent de la nourriture et du saké à Kôchiyama qui refuse, demandant plutôt une coupe de thé yamabuki (thé aux feuilles dorées). Cette expression qui semble anodine est en fait une manière subtile de réclamer la remise d'une forte somme en espèces sonnantes et trébuchantes. Les serviteurs ont bien compris le message et l'argent est porté à Kôchiyama par Kazuma qui le remercie avec beaucoup de déférence pour avoir sauvé Namiji des griffes de Matsue. Kazuma se retire, laissant l'abbé seul dans la grande pièce. Oubliant ses manières onctueuses, notre héros se précipite pour compter l'or comme le vulgaire voleur qu'il est réellement. Une horloge importée d'occident sonne, objet très rare à l'époque de l'écriture de la pièce (1881), provoquant la stupeur comique de Kôchiyama et sa décision de partir le plus rapidement possible.

Scène IV

Les choses se compliquent devant le porche d'entrée de la demeure seigneuriale car Daizen, qui a eu autrefois l'occasion de faire des affaires avec le gang de Kôchiyama, a reconnu le voleur malgré la perfection de son déguisement. Kôchiyama commence par jouer les innocents mais réalise que cela ne servira à rien. Il abandonne définitivement ses manières ecclésiales et explique aux samouraïs comment, pris de pitié pour l'infortunée Namiji, il a entrepris de la sortir de ce palais. Son chantage se poursuit lorsqu'il leur fait comprendre qu'il serait bien fâcheux pour tout le monde que cette histoire s'ébruite et que la police serait très heureuse d'en apprendre plus sur les agissements passés de sieur Daizen. Kozaemon qui a tout entendu réalise que le moment de l'arrestation de Kôchiyama n'est pas encore venu et qu'il convient de continuer la petite comédie. Le conseiller de Matsue présente toutes ses excuses à Kôchiyama dans un langage très ampoulé et tance Daizen pour avoir injustement accusé un grand prêtre du Kan'eiji. Kôchiyama s'éloigne ensuite tranquillement sur le hanamichi et au niveau du shichi-san se fend d'un tonitruant bakame qui fleure bon la langue du petit peuple d'Edo et qui signifie « bande d'imbéciles ». Kôchiyama peut savourer le plaisir de sa victoire sur Matsue et ses samouraïs.

Remarques

Le dramaturge Kawatake Mokuami a toujours eu un faible pour les personnages de truands hauts en couleurs et son Kôchiyama est l'un des plus réussis. Nous vous recommandons d'aller voir cette pièce lorsque l'excellent tachiyaku Nakamura Kichiemon II joue le rôle de Kôchiyama.

Cette pièce a été adaptée au cinéma plusieurs fois mais la version la plus connue et la meilleure est celle de Yamanaka Sadao, réalisée en 1936 et distribuée sous le titre de « Kôchiyama Sôshun ». Le rôle de Kôchiyama dans ce film est tenu par Kawarazaki Chôjûrô IV et celui de Matsue par Segawa Kikunojô VI. La star de cinéma Bandô Tsumasaburô a également tenu le rôle de Kôchiyama Sôshun dans un film réalisé en 1933 par Okayama Shuntarô.

Le tableau suivant donne une idée des distributions des 6 dernières représentations de « Kôchiyama » :

Date Théâtre Kôchiyama Matsue
DEC 2000 Kabukiza Matsumoto Kôshirô Bandô Yasosuke
JUN 2000 Hakataza Nakamura Kichiemon Nakamura Tomijûrô
JAN 2000 Shôchikuza Matsumoto Kôshirô Kataoka Gatô
JAN 1999 Kabukiza Nakamura Kichiemon Nakamura Baigyoku
FEV 1998 Misonoza Nakamura Kichiemon Sawamura Sôjûrô IX
JAN 1998 Asakusa Kôkaidô Bandô Yasosuke Bandô Hikosaburô
Ichikawa Danjûrô IX interprétant le rôle de Kôchiyama dans la pièce « Kumo ni Magou Ueno no Hatsuhana » jouée au théâtre Shintomiza en mars 1881 (estampe de Morikawa Chikashige)
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