Pièce Go Taiheiki Shiraishi Banashi
Auteurs Utei Emba, Kijô Tarô et Yô Yôdai
Historique La pièce « Go Taiheiki Shiraishi Banashi » a été écrite pour le théâtre de marionnettes, jouée pour la première fois à Edo en janvier 1780 au Gekiza et adaptée la même année en avril pour le Kabuki au théâtre Moritaza (Edo) avec les acteurs Osagawa Tsuneyo II (Miyagino), Ichikawa Yaozô III (Shinobu) et Ichikawa Danzô IV (Daifukuya Sôroku).
Structure Composée de 11 actes, qui se déroulent en Ôshû et à Edo, elle se divise en deux parties : la première de type jidaimono, traitant de la tentative infructueuse de Yûi Shôsetsu de renverser le shogunat des Tokugawa et la seconde (actes 4 à 8), de type sewamono, s'inspirant du meurtre d'un paysan vengé cinq années plus tard par ses deux filles. Ôshû correspond grosso-modo à l'actuel département de Miyagi, situé dans le nord-est du Japon. Seule une scène de l'acte 7 est encore jouée, « Shinyoshiwara Ageya no Ba », surnommée « Ageya » dont le décor principal est le Daikokuya, la Maison Daikoku, une ageya réputée du quartier des plaisirs d'Edo, le fameux Shinyoshiwara.
Mots-clefs adauchi - ageya - sewamono
Personnages
Miyagino

La sœur ainée, devenue l'une des courtisanes les plus célébres de Shinyoshiwara. Elle travaille dans le Daikokuya. Son père, criblé de dettes et menacé d'être emprisonné, n'a pas pu la retenir de se vendre comme geisha à Edo. Elle est restée sans nouvelle de sa famille depuis son départ de Sakai, son village natal situé près de Shiraishi en Ôshû. Appréciée de tous pour ses nombreuses qualités, elle n'en reste pas moins sous l'emprise d'un terrible chagrin qu'elle arrive à dissimuler jusqu'à l'arrivée de Shinobu.

Estampe grand format

Shinobu

La cadette, qui a fui Sakai, après le meurtre de son père, pour retrouver sa sœur. Le voyage ne s'est pas déroulé sans problème et, sauvée par Sôroku des griffes d'une bande de malandrins spécialisés dans l'esclavage sexuel, elle se retrouve dans le Daikokuya.

Estampe grand format

Sôroku Le patron du Daikokuya, qui doit une bonne partie de sa fortune au talent et à la beauté de Miyagino. Bien qu'il exerce le maquerellage, c'est un homme d'honneur et de parole.
Résumé

L'arrivée de Shinobu a piqué la curiosité de toutes les pensionnaires du Daikokuya. L'une d'entre elles raconte à Miyagino que cette petite campagnarde est à la recherche de sa sœur devenue courtisane à Edo. Histoire de se payer une bonne tranche de rigolade et d'en savoir un peu plus (qui peut bien être cette mystérieuse sœur ainée ?), il est décidé de faire venir la jeune fille dans la pièce principale.

En faisant son entrée, Shinobu proteste avec véhemence, dans son lourd patois du nord qui fleure bon la rustauderie, déclenchant les rires des courtisanes qui ne comprennent pas tout ce que la pauvrette raconte. Shinobu ne tarde pas à être gagnée par les larmes. Miyagino, qui a parfaitement compris les paroles de Shinobu, prie ses compagnes de cesser de se moquer et de les laisser seules toutes les deux. Après le départ des courtisanes et des assistantes, Miyagino interroge Shinobu : quel est le nom de son village ? Surprise de la réponse, Sakai, la courtisane lui demande ensuite si elle connait un homme qui se prénomme Yomosaku. En entendant le nom de son père Shinobu tressaillit. Elle répond qu'elle est la fille de Yomosaku et provoque ainsi une immense joie chez Miyagino, qui sait désormais qu'elle est bien en présence de sa cadette. Shinobu demeure cependant sceptique, car, dans son cœur de jeune paysanne, il est bien difficile de faire confiance aux gens d'Edo. Si Miyagino est bien son ainée, elle doit sûrement avoir en sa possession un objet pour le prouver. La courtisane exhibe alors un omamori du sanctuaire Tsuboi Hachiman. Shinobu en possède un également. En les comparant, les deux sœurs se rendent compte sur le champ qu'ils sont identiques. Elles laissent exploser leur bonheur. Sôroku, de passage, les surprend mais se veut pas les déranger en pleine retrouvailles. Ils décident de les écouter depuis une petite pièce adjacente. Shinobu entreprend le récit des malheurs qui ont frappé leur famille : tout d'abord le meurtre injuste de leur père, assassiné par le daikan (gouverneur local) de leur région, puis la mort de leur mère, terrassée par une terrible maladie. En entendant cela, Miyagino est sur le point de s'évanouir. Soutenue par Shinobu, elle lutte contre la vague de chagrin qui la submerge. Mais, plus fort que la tristesse, le sentiment de revanche l'emporte. Leur père, samourai devenu paysan après bien des vicissitudes, doit être vengé ! Telle est la résolution prise par Miyagino et Shinobu, qui s'apprètent à quitter le Daikokuya pour assouvir leur soif vindicative. Sôroku fait son apparition devant les deux sœurs affolées. Miyagino, brandissant sa petite dague, se précipite pour frapper son patron mais celui-ci n'a aucun mal à la désarmer.

Il leur demande de se calmer et d'écouter attentivement son discours : elles souhaitent imiter les deux frères Soga, Gorô et Jûrô ? parfait, mais il leur faut s'armer de patience ! Sôroku leur donne ensuite en lecture un passage de la geste des Soga dans lequel il est fait allusion à l'aide indispensable que les deux frères reçurent d'un samourai au service de Kudô Suketsune, l'assassin de leur père. Si deux samourais intrépides eurent besoin d'aide pour reprendre le sang de leur père, qu'en sera-t'il de Miyagino et Shinobu, incapable de poignarder un simple gérant de maison close ? Elles ne doivent pas oublier que les Soga durent attendre 18 ans avant de pouvoir enfoncer leur lame dans le ventre de Kudô Suketsune. Sôroku s'engage à les soutenir dans leur combat qui s'annonce long et difficile. Puis, sortant son sceau, il signe et leur remet deux documents, le contrat de Miyagino (l'équivalent de sa lettre de libération) et un permis de libre circulation dans le Shinyoshiwara, tout en faisant allusion aux deux invitations que les Soga reçurent de Kudô Suketsune pour se rendre à sa partie de chasse (ces deux invitations permirent aux Soga d'accomplir leur vengeance). Sôroku leur conseille ensuite de se parer de leurs plus beaux atours afin de déambuler dans le quartier des plaisirs sans attirer l'attention et de quitter le Daikokuya au bon moment.

Nous vous laissons imaginer la suite des aventures de Miyagino et Shinobu !

Remarques

Cette pièce n'est malheureusement pas jouée souvent. Elle nécessite des acteurs de très haut niveau. L'acteur onnagata jouant le role de Shinobu se heurte à deux difficultés majeures : le langage vernaculaire qu'il doit parler naturellement et le caractère candide de la jeune fille. Le rôle de Miyagino, courtisane de haut rang, ne peut être joué que par un onnagata tres experimenté (du calibre de Nakamura Utaemon). Quant à Sôroku, c'est un rôle qui demande un acteur possédant une voix à la fois douce et persuasive.

Le tableau suivant donne une idée des distributions des 6 dernières représentations de « Go Taiheiki Shiraishi Banashi » :

Date Théâtre Miyagino Shinobu Sôroku
JAN 2001 Shôchikuza Kataoka Hidetarô Nakamura Senjaku Kataoka Gatô
DEC 1998 Kabukiza Sawamura Sôjûrô IX Nakamura Shibajaku Ichikawa Sadanji
MAR 1995 Théâtre National Nakamura Ganjirô Onoe Kikugorô Ichikawa Danjûrô
MAR 1987 Kabukiza Nakamura Shikan Sawamura Sôjûrô IX Kataoka Nizaemon XIII
JAN 1982 Kabukiza Nakamura Utaemon VI Onoe Baikô VII Kataoka Nizaemon XIII
DEC 1976 Minamiza Onoe Baikô VII Sawamura Tôjûrô Kataoka Nizaemon XIII
  On retrouve les deux héroïnes, Miyagino et Shinobu, dans plusieurs autres pièces tombées en désuétude :
Titre de la pièce Infos
« Hana to Mitsu Yuki no Shiraishi » Pièce jouée au Moritaza en 1834 avec l'acteur Iwai Hanshirô VI.
« Iwao no Hana Nami no shiraishi » Pièce jouée au Kawarazakiza en 1842 avec les acteurs Ichikawa Ebizô V dans le rôle de Sôroku et Onoe Kikujirô II dans le rôle de Shinobu. Le Daikokuya devient Daifukuya dans cette pièce.
« Gozonji Shiraishi Banashi » Pièce jouée au théâtre Shintomiza en janvier 1897 avec les acteurs Ichikawa Danjûrô IX, Iwai Hanshirô VIII et Onoe Kikugorô V.

 

Ces pièces constituent un sous-genre du sewamono, baptisé « Shiraishi Banashi » (histoires de Shiraishi), le pendant féminin à la geste des Soga. Il reste quelques magnifiques estampes et l'espoir qu'un jour le Théâtre National se décide à en ressusciter une !

Il existe une variante de l'acte 7, dans lequel il est fait allusion au meurtrier du père de Miyagino et Shinobu, présent, en tant que client, au Daikokuya lors des retrouvailles des deux sœurs.

En Mai 1960 une autre scène a été jouée en ouverture de la pièce, « Asakusa Okuyama no Ba ». Cela ne s'est pas reproduit depuis.

La pièce « Gozonji Shiraishi Banashi » jouée au théâtre Shintomiza en janvier 1897 avec Iwai Hanshirô VIII dans le rôle de Miyagino et Ichikawa Danjûrô IX dans celui de Sôroku (estampe de Utagawa Kunimasa IV)
La galerie d'estampes
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